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Communautés de création et communs numériques de connaissance

Introduction

Cet article s’intéresse aux pratiques collectives et volontaires de production de connaissance en ligne, appelées par les participants et les chercheurs «commun numérique de connaissance» , ou «communautés de création» [1]. Le terme de «commun» est directement emprunté des travaux d’E. Ostrom [2], consacrés à l’analyse des structures institutionnelles de gouvernance collective permettant maintenir durablement l’usage de biens renouvelables mais limités comme les ressources naturelles. Le «commun» est ici transposé à la connaissance, produite en ligne. L’utilisation de ce terme n’est pas anodine: elle souligne un renouveau dans la capacité d’acteurs individuels, non professionnels, à s’engager dans ces projets et à produire, organiser et gérer des actions collectives de production comparable en qualité et en volume aux productions des organisations traditionnelles, universitaires ou entreprises [3]. Ainsi, Wikipédia, qui fête ses vingt ans en 2021, a été capable de produire des encyclopédies en plus de 50 langues, et, pour les langues les plus diffusée, avec 10 à 40 fois plus d’articles disponibles que dans les encyclopédies traditionnelles, avec une qualité comparable. Mais est-ce que ce mot désigne alors la même chose? Si non, pourquoi cette analogie? Si oui, qu’ont en commun les communs de connaissance et les communs classiques étudiés par Ostrom?

Il y a d’abord une dimension politique, une volonté de trouver, dans ces différentes actions collectives un modèle social alternatif au modèles de l’État et du Marché [4]. Ainsi, P. Dardot et C. Laval [5] défendent l’idée que ces «nouveaux communs» sont des des communautés choisies (au sens de la «commune de Proudhon [6] et de l’opposition que fait Tonnies [7] entre Gemeinschaft et de la Gesellschaft), qui peuvent être libératrices et socle d’une action politique de construction de la société au delà du duopole État-Marché, et que c’est précisément leur intérêt, voire leur «révolution».

Mais il est difficile de comprendre si ces communs modernes et les anciens communs partagent plus qu’un nom, et peut-être des similitudes de fonctionnement dans la gouvernance soulignées par l’économie institutionnaliste [8], notamment dans les travaux d’E. Ostrom, sur les communs «traditionnelles»et sur leur extension aux communs de connaissance [9,10]. Comme le souligne Laval lui-même (fin du § 7 de [11]), le «geste analogique, qui a trouvé sa légitimité scientifique dans des travaux d’économistes, de juristes ou de politistes, dont la plus célèbre est sans conteste Elinor Ostrom» n’est pas expliqué.

Nous allons d’abord rappeler ce qu’est un commun classique et pourquoi cette définition s’applique a priori mal aux communautés de création (partie 2). Pour dépasser ce paradoxe, il est nécessaire de mieux définir ce qui «se trouve à l’origine de tout ce qui en découle de «commun»: la qualification des choses, la co-obligation entre les individus, la formation du collectif» ([12], §6). Autrement dit: les objectifs et les activités des projets et des participants (partie 3), pour comprendre qu’est la ressource rare et rivale qui est gérée par ces projets, en quoi on peut effectivement parler de commun numérique de connaissance (partie 4). Nous pourrons alors poser la question de la spécificité des communs de connaissance et de l’impact du numérique (partie 5). En conclusion, nous soulignerons que ces mécanismes de coordination, essentiellement virtuels, ou plus exactement logiciels, construisent la structure de gouvernance et les différents rôles, et donc les frontières entre ceux qui font partie du groupe, et ceux qui en sont exclus, autrement dit ce qu’est la «communauté»1.

Le commun comme gestion par un collectif de petite taille d’une ressource rare et rivale

Un commun classique est défini par: des arrangements institutionnels (basés sur les usages, les coutumes, en plus du droit), des ressources physiques ou matérielles (par exemple logicielle, des dispositifs techniques de surveillance), qui permettent de construire des mécanismes d’exclusion de l’accès et de l’exploitation d’une ressource rare, ou rivale [2]. Le projet est d’avoir une exploitation durable de cette ressource, donc de gérer collectivement les prélèvements sur la ressource.

Réussir à gérer collectivement une ressource est remarquable et c’est en cela que les communs attirent, en tant que modèle d’organisation. En effet l’intérêt individuel peut aller à l’encontre de l’intérêt collectif. Si un niveau de consommation d’une ressource est défini dans un groupe et que ce niveau est divisé par le nombre de membre du groupe, si enfin chacun respecte ce niveau, la consommation est soutenable. Mais même une faible augmentation individuelle peut avoir des conséquences collectives désastreuse. Et individuellement, on peut avoir intérêt à faire défaut, car, au moins à court terme, on gagne plus. C’est ce qui est illustré par le dilemme du prisonnier, où, si chacun respecte la règle, tous y gagnent, mais où si l’on est le seul à ne pas la respecter on peut gagner encore plus, au détriment des autres… S’il y a peu de «passagers clandestins», l’impact sur les autres peut être faible, mais si peu respectent la règle, tout le monde est perdant (Tableau 1).

MatriceContributeur 1
de gainRespecter le niveau de prélèvementPrélever un peu plus
ContributeurRespecter le niveau de prélèvement3/32/4
2Prélever un peu plus4/20/0
Tableau 1:Un exemple du dilemme du prisonnier dans la consommation d’une ressource rivale

Partant de là, M. Olson[13] a défendu l’idée qu’il était extrêmement difficile pour un collectif de réussir à gérer une ressource commune, et qu’il fallait que les participants puissent se surveiller, pour que la défection soit détectée et sanctionnée si rapidement qu’elle est inefficace. Il soutenait surtout que plus le groupe était important, plus la défection était tentante, car les individus étaient moins facilement observables (il est coûteux d’observer tout le monde et l’impact de cette défection, plus faible par rapport à la consommation totale, est moins facile à détecter).

Ce qu’a montré E. Ostrom, c’est qu’un groupe réduit était tout à fait capable d’organiser des mécanismes de coopération et de régulation. C’est cohérent avec ce que dit Olson, qui appelle ces petits groupes les groupes «privilégiés». Elle a surtout étudié les principes fondamentaux d’une telle régulation collective 2.

La majorité de la population est constituée de simples «utilisateurs», qui ont le droit de profiter de l’existence de la ressource (par exemple se promener dans un parc, une forêt), pas pas de la consommer, de l’exploiter, de la consommer (couper du bois), privilège réservé au petit groupe mentionné auparavant, les «consommateurs». Surveiller l’application des droits, et sanctionner sont des droits supplémentaires, accordés à une sous-partie seulement des consommateurs. L’articulation des droits et des pouvoirs qu’ont certains individus pour les faire respecter, ou «faisceaux de droits» [14] (et de devoirs), organise la gouvernance de ce groupe [15]. Ces pouvoirs sont issus de la loi (droit de propriété, par exemple), de l’usage, ou de la maîtrise de technologies (barrières, systèmes de surveillance). Finalement, autant le public des utilisateurs peut avoir des frontières faiblement définies et poreuses (n’importe qui peut être autorisé à traverser un parc naturel, ou une étendue maritime), autant les consommateurs sont précisés. Cela correspondrait plutôt à une communauté de chose, mais va au delà car il ne faut pas juste gérer le partage d’une ressource, il faut aussi gérer le renouvellement de cette ressource, dans le temps. Certaines personnes n’accèdent qu’à la chose (les utilisateurs), d’autres ont des intérêts sur la chose, car ils peuvent en même temps l’exploiter (consommer la ressource rare) et la gérer. La «communauté», telle que définie par les éditrices de cet ouvrage, correspond à ce groupe de consommateur, petit en taille.

À première vue, la communauté de création semble échapper à cette description: si on comprend bien pourquoi une ressource physique doit être préservée et pérennisée, cela reste plus délicat une connaissance qui a été «codifiée», c’est-à-dire explicitée dans un «code» transmissible car compris par d’autre (une description réalisée dans un discours écrit ou oral, un code informatique…) qui peut être partagée sans rivalité, et, avec le numérique, à coût faible. Non exclusivité et non rivalité définissent ce que les économiques appellent un «bien public», et avec cela une nouvelle difficulté: dans la théorie économique classique, les utilisateurs du bien (public) n’ont pas d’incitation individuelle à participer à la production de ce bien et on se retrouve dans une situation de dilemme du prisonnier équivalente à la sur-exploitation, qui est celle où personne ne va produire de connaissance, attendant que les autres fassent l’effort de production.

La réussite des communautés de création apparaît alors d’autant plus remarquable: les plus grands projets coordonnent des centaines (Linux), voire des milliers de contributeurs (Wikipédia), qui, en plus, ne sont pas forcément identifiés, ou seulement par un pseudonyme, qui peut être changé. On est a priori plus proche des groupes «latents» d’Olson, des très grand groupes où l’action individuelle, où la défection d’un n’affecte pas assez les autres pour les faire réagir.

Si l’on doit bien admettre le succès, on ne voit pas en quoi ces projets correspondraient à la définition classique d’un commun: un groupe qui organiserait collectivement la régulation de la consommation d’une ressource rare, rivale. Pour cela il faut d’abord lever le mythe du «passager clandestin», qui attendrait que d’autres produisent et surtout mettent à disposition des pièces de connaissance pour les utiliser.

La contribution à des projets de connaissance

Les communautés de création ont pour objet d’organiser la production (ou, plus précisément, ce que nous avons appelé la «codification») d’éléments de connaissance articulés entre eux. Plus le stock grossit, plus il est riche et intéressant pour les utilisateurs (plus de fonctionnalité pour un logiciel, plus de domaines couverts par une encyclopédie, plus de connaissances scientifiques diffusées). Mais comme l’ont montré les travaux sur l’économie de la connaissance [16], ce stock doit sans cesse être actualisé, parce que les besoins, les connaissances scientifiques, ou les technologies évoluent. La production de nouvelles connaissances (ce que nous appellerons le «flux») doit en permanence améliorer, actualiser, ou simplement entretenir le «stock». Dans le système classique de l’économie de la connaissance, et du droit de la propriété intellectuelle, on donne un droit de propriété aux producteurs du flux, qui peuvent contrôler l’accès au stock et se rémunèrent en facturant cet accès. C’est parce qu’ils anticipent qu’ils pourront tirer rémunération d’un péage sur l’accès au stock que les producteurs investissent dans la production du flux.

On peut reformuler le défi des communautés de création en se demandant pourquoi des contributeurs sont prêts à travailler pour entretenir le flux de connaissance sans tirer rémunération de l’accès. La recherche a montré, depuis une quinzaine d’année, qu’il y des bénéfices à contribuer à la production du flux [17].

Dans les projets de développement de logiciel, le défi intellectuel (résoudre un problème complexe, se comparer à ses pairs) et le besoin de modifier un logiciel pour qu’il réponde à ses besoins propres expliquent la contribution [18,19]. Les motivations à contribuer à Wikipédia sont, en plus du défi intellectuel, l’accès à des pairs pour approfondir ses connaissances, ou la possibilité de voir ses productions exposées sur une plate-forme si populaire [20,21]. Enfin, dans les forums en ligne l’accès à de l’expertise incite à poser des questions, quand l’usage d’une plateforme comme lieu d’organisation de ses connaissances (construire des réponses structurées), en plus du défi intellectuel, et, parfois, l’idée d’être visible dans une arène qui n’est pas sans lien avec un marché potentiel professionnel (communauté de pratiques professionnelles) expliquent que certains répondent [22,23]. Finalement, il semble que pour les participants les plus actifs, et les plus anciens, notamment ceux qui assurent des tâches de régulation des contributions, l’attachement au projet [23,24], et les interactions sociales qu’ils y trouvent [25] soient au c\oeur de la motivation à participer.

Autrement dit, et pour reprendre le modèle de Deci et Ryan [26], des motivations intrinsèques (être efficace dans ces tâches, faire des choses stimulantes, et être reconnu par ses pairs) suffisent à expliquer la contribution, même si les motivations diffèrent selon les tâches. Les contributeurs réguliers ont, semble-t-il un profil particulier [27,24], différent des simples utilisateurs, parce qu’il faut des compétences spécifiques (techniques, notamment, mais aussi par rapport à la capacité à produire une connaissance et à la formaliser, à connaître les «codes» de fonctionnement du projet, voir [28] pour le logiciel libre, [27] pour Wikipédia). Mais au delà de cela, il y aussi l’intérêt, le plaisir de contribuer, que nous avons rappelé plus haut et qui n’est pas partagé par l’ensemble des lecteurs-utilisateurs.

Si un projet qui débute peut avoir des difficultés à attirer des contributeurs, les projets qui ont du succès, au contraire, ont des difficultés à gérer les contributeurs qui proposent du contenu qui n’est pas aligné avec l’intérêt du projet, qui ne respecte pas les «règles» du projet. Il faut arbitrer entre des intérêts individuels parfois contradictoires [29]. Ainsi, l’histoire de Wikipedia est l’histoire d’un accroissement des règles, des critères définissant ce qu’est une bonne contribution [30]. Mais toutes les communautés de création ont des systèmes pour réguler la contribution [31,28,32].

En résumé, le problème n’est pas tant l’incitation à contribuer qu’à bien contribuer. Le passage le passager clandestin n’est pas celui qui ne contribue pas, mais qui, en n’agissant que dans son intérêt propre (chercher à tous pris à imposer sa vision de la connaissance), nuit à l’intérêt collective (proposer un stock de connaissance cohérent). C’est précisément cette volonté de contribuer qui correspond à la consommation de ressources rares et qu’il faut réguler…

Le commun des communautés de création

En effet, l’accès à l’écriture d’un article et à l’exposition de son travail, ses idées et l’accès au groupe de pair, à l’interaction qui produit de l’apprentissage, sont deux ressources rares et rivales [17]. Pour l’expliciter, on peut reprendre une expression célèbre dans l’économie des plateformes: à chaque instant, le temps de cerveau disponible des pairs n’est pas extensible. Dans les forums, il faut réguler les questions pour que les experts puissent se concentrer sur celles qui n’ont pas trouvé de réponse, souvent celles qui présentent le défi le plus important. De même, un thème, un nom d’article dans Wikipédia, ou un package, la mise en forme d’un logiciel dans Debian, sont uniques (il n’y a qu’un article pour le nom «seconde guerre mondiale», même si des articles plus spécialisés peuvent exister, ou qu’un package Firefox). Finalement, une revue scientifique ne produit qu’un certain nombre d’article par an, notamment parce que la ressource des évaluateurs est rare. Si l’on veut que sa contribution, répondant à sa vision de la connaissance, soit prise en compte, discutée et améliorée, il faut accéder à cette ressource unique. Il faut proposer quelque chose de nouveau, ou de meilleur que ce qui existe déjà dans le cadre de ce projet, de cette communautés de création.

L’exemple des revues scientifique permet d’illustrer que parfois plusieurs «communautés de création» ont le même but et que donc l’accès à la ressource rare peut être plus ou moins difficile. Mais aussi que le succès même d’un projet, parce qu’il le met davantage en visibilité, rend la contribution à cette communauté de création plus intéressante et renforce d’autant plus ce besoin de régulation de l’accès à la ressource rivale. La régulation de l’accès à ces ressources est bien au centre du fonctionnement de ces collectifs, de la «structure de gouvernance qui permet d’assurer la reproduction à long terme de la ressource et de la communauté qui la gouverne», pour reprendre les mots de B. Coriat [33]. Il s’agit, du point de vue du projet, de réguler les intérêts individuels basés sur des motivations intrinsèques pour leur faire accepter ses obligations, ses règles collectives [34].

Pour résumer, l’activité dans la production d’un commun de connaissance est la construction – l’écriture – d’un corpus commun partagé (le stock) par la négociation, où chaque membre essaie de mettre en avant sa vision des concepts et soumettant une codification de ceux-ci (la contribution, le flux de connaissance).

Les utilisateurs, définis par le fait qu’ils ont «le droit de profiter des bénéfices non-soustractifs» [35] du commun, sont alors ceux qui accèdent au stock de connaissances. Garantir son accès peut être coûteux ou nécessiter des régulations, pour des questions de congestion (il faut financer sa mise à disposition, les serveurs et les accès Internet), mais les consommateurs sont ceux qui accèdent au droit de participer à la production du flux de connaissance, d’accéder à différentes ressources rares (les espaces de publications, les retours de pairs). Comme dans un commun classique, il y a différents types de «consommateurs» qui ont différents pouvoirs sur ces ressources. Ici aussi, les pouvoirs sont issus de la loi (droit de propriété intellectuelle, notamment), de l’usage, ou de la maîtrise de technologies numériques: la plateforme qui gère les contributions, donc le système d’édition (le logiciel MediaWiki pour Wikipedia, par exemple, la plateforme GitHub pour beaucoup de projets de logiciel libre), mais aussi des outils de surveillance des contributeurs, comme les algorithmes d’analyse automatique des contributions [36]. Ils construisent des rôles hiérarchisés (Tableau 2).

Propriétaire
Responsable Projet / Administrateur
Modérateur/ Responsable article / Responsable package
Contributeur
Utilisateur
Capacité,Accès au stock de connaissancesXXXXX
droit de:Accès au dispositif de productionXXXX
Gestion des contributionsXXX
Exclusion de contributeurXX
Aliénation (code, marque, serveur, etc.)X
Tableau 2: Faisceaux de droits associés avec la position (le rôle), dans le cas des projets collectifs numériques. Adapté de [17].

Les communs de connaissance ne remettent donc pas en cause la définition classique des communs, celle d’Ostrom, ou des acteurs prônant les communs: «Les biens communs, ou tout simplement communs, sont des ressources, gérées collectivement par une communauté, celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver et pérenniser ces ressources.»3 Notons que cette définition est souvent reprise par la recherche [37,33,38]. Simplement, la régulation s’est déplacée car la consommation s’est déplacée, d’un droit de prélèvement à un droit de sollicitation (d’un espace de publication, d’un pair…)

Ce déplacement, mais aussi les spécificités du numérique, expliquent pourquoi les communautés de création ont été capables de dépasser les difficultés des groupes latents soulevées par Olson.

Les espaces numériques de contribution en connaissance

Il est sans plus facile d’initier de tels projets que des projets de communs classiques, pour deux raisons: leur aspect cumulatif, incrémental [39], et la plus grande facilité à atteindre des personnes très intéressées au projet, grâce à Internet [40].

Chaque incrément de Wikipédia, ou d’un forum (article, couple question-réponse), chaque article scientifique a une valeur en soi. Il n’y a pas d’impératif à atteindre un certain niveau de réalisation, à partir du moment où existe la plate-forme qui permet la contribution, le projet peut être initié. Il n’est donc pas nécessaire de convaincre a priori un certain nombre de contributeurs, ou de réunion une certaine somme, ni d’attendre que la réalisation soit terminée (commun un pont, par exemple). Les plus intéressés démarrent et, avec la croissance du projet, celui-ci gagne en intérêt pour de nouveaux contributeurs, générant ainsi un effet de rendement croissant d’adoption. La situation est un peu différente pour le logiciel, qui demande un niveau minimal de fonctionnalité pour être utilisable. Mais cela convient aux utilisateurs-développeurs à l’initiative des projets de logiciel libre, qui sont prêts à collaborer pour développer un nouveau produit, parce que mieux adapté à leurs besoins [41,42].

Et, c’est le deuxième point, la création d’espaces d’échanges spécialisées sur Internet [40], favorise le début de telles communautés. Il est plus aisé d’atteindre un groupe de potentiels contributeurs intéressés par le projet d’une plate-forme, comme a pu le faire Linus Torvalds en initiant Linux et en recrutant des contributeurs dans une liste du forum Usenet. En contrepartie, il peut être difficile de convaincre de nouveaux contributeurs au-delà du noyau des premiers adopteurs (ibid), qui peuvent avoir des préférences divergentes de celles d’autres contributeurs potentiels [43]. Il peut aussi exister une concurrence entre différents projets similaires sur les objectifs poursuivis (on est là dans une économie des plates-formes presque classique). Si le projet arrive à attirer ces premiers « adopteurs », et toujours en suivant le modèle de Marwell et Oliver (1993), il entre dans une phase d’expansion, qui va demander de mettre en place une organisation de régulation.

Mais la nature incrémentale et surtout modulaire de la production permet aussi de segmenter le projet général en différents sous-projets (différents articles, différents portails, différents fichiers logiciels, différents forums de discussion, etc.) Il se construit une « architecture de participation » [44], qui facilite aussi l’entrée de nouveaux contributeurs [45], car ceux-ci peuvent se concentrer sur la partie qui les intéresse. La régulation se fait d’abord dans ces espaces de contribution, au plus près de la tâche ([46,47] dans le cas de Wikipédia,[48] dans le cas du logiciel libre). Discuter de la tâche peut amener à discuter des règles régulant la tâche, et donc du projet, et faire avancer sa vision de la contribution, et du projet [49,50], à tel point que les contributeurs les plus investis, notamment les méta-contributeurs passent beaucoup plus de temps à gérer le projet, négocier et surveiller qu’à contribuer en connaissance [47,51]. Les contributeurs ont aussi tendance à se spécialiser sur des tâches, des rôles qui les intéressent et qui amènent à des positions diverses dans le projet [19,52,53].

Il y a une «carrière»(Au sens de Becker [54]), dans la contribution [49,23,1,24]: il faut d’abord faire ses preuves dans la tâche d’édition [55], qui va au delà de l’apport en connaissance, mais qui inclus la capacité de négocier la co-construction de cette connaissance avec des participants expérimentés, et notamment des méta-contributeurs [49,56], avant de pouvoir prendre des responsabilités de contrôle, autrement dit avant d’avoir des droits qui vont au delà du droit simple de contribuer.

Le numérique semble favoriser la régulation a posteriori de la consommation de la ressource rare car il faut contribuer pour être évaluer avoir un retour des pairs, alors que dans les communs classiques, les individus ayant le droit de consommer la ressource sont sélectionnés a priori. Ni les règles, ni les espaces de négociation ne sont d’emblée perçus par les individus [57,28], notamment parce qu’il n’y a pas forcément d’accompagnement humain aux premières contributions. Car grâce au numérique, et aux développement d’outils algorithmiques d’analyse des contributions et d’une infrastructure de gestion des collaboration [58,36], la surveillance des contributions, la coordination des différents sous-projets est fortement automatisée. C’est notamment cela qui permet d’assurer une cohérence à l’ensemble des sous-projets dans un projet global. Il est donc plus difficile d’obtenir le statut de consommateurs.

Mais, d’un autre côté, la régulation par les règles, gérée de façon plus ou moins automatique par des intelligences artificielles (bots), offre la possibilité d’apprendre ces règles, qui sont explicitées, et qui peuvent être testées plusieurs fois (essai-erreur). Il est donc possible d’apprendre, et personne n’est exclus a priori de ce rôle. Pour cette raison, la production de connaissance en ligne peut être plus accueillante à la diversité des profils que d’autres projets de communs, mais au prix d’un effort plus important pour devenir contributeur, mais aussi des projets plus classique de production de connaissance, où le statut joue un grand rôle dans le droit de produire ()Voir le travaux sur les communautés épistémiques, notamment: [59]).

Conclusion: régulation et communauté

La gouvernance du projet est basée sur différents espaces hiérarchiques, régis par des règles de fonctionnement, des conventions différentes, qui permettent de réguler les différents objectifs du projet et des sous-groupes. On peut parler de différentes «cités», au sens de l’économie de la grandeur [60] (dont on trouvera une rapide présentation du concept et des différentes «cités» ici).

Le contrôle et la sélection des contributions (de la partie «production» du projet) sont basés sur les principes de la cité industrielle (l’efficacité, la science), donc selon leur respect des règles (de fond et de forme). Le contrôle est procédural [47], et la supervision panoptique, au sens de Foucault [61], ce qui est fortement favorisé par le numérique qui permet de développer des outils automatiques, créant une organisation de contrôle, au sens de G. Deleuze [62]. Ce fonctionnement n’est pas très différente, de celui des plateformes privées (Pour une étude de la régulation dans ces plateformes: [63]). Les consommateurs (les contributeurs) qui restent dans le projet sont ceux qui ont fait l’effort individuel d’apprendre et d’intégrer ces usages, ces règles, ces normes du projet [34]. Néanmoins le contrôle est toujours contestable via des espaces de discussion, notamment si la règle a été mal appliquée, ou dans le cas d’un conflit de règle. Mais c’est toujours au contributeur de prouver sa bonne fois, de négocier la règle dans le cadre de la cité de projet. Il y a aussi des discussions de coordination sur des tâches de production (des auteurs d’un article, des contributeurs à un logiciel), qui peuvent, elles aussi, déboucher sur des discussions plus générales sur le projet global, mais pas toujours [64,65], notamment parce que les méta-contributeurs discutent entre eux des règles du projet, dans des espaces qui leur sont propres (Le Bistrot, par exemple, pour Wikipédia, les listes de discussion des contributeurs dans un projet de logiciel libre), et qui ne sont pas forcément connus des simples contributeurs (ibid). Ces espaces sont plus ou moins ouverts, dans certains projets on n’y accède que par invitation, mais dans tous les cas ne sont écoutés, ou acceptés, que ceux qui ont montré leur capacité à contribuer, et leur intérêt pour le projet, qui ont accepté et sont prêts à défendre l’intérêt commun. Autrement dit, les rôles de méta-contributeur, de «policy-maker» dirait Ostrom, ou de «commoners» [33] sont accordés par les actions des personnes, et sont toujours contestables si l’on sait où sont les espaces de discussion, et dans les espaces de discussion du projet. Ces espaces sont gérés comme des «cités de projet», dont le but est de proposer des idées pour développer le projet, pour faire évoluer ses règles, et où sont reconnues la créativité, la capacité à organiser le collectif via des discussions. On n’est plus dans le contrôle, le «pouvoir sur» de Deleuze, mais dans le «pouvoir avec», tel que décrit par [66] en s’appuyant sur les travaux de M. P. Follett[67]. C’est une différence majeure avec les plateformes privées, dont les propriétaires décident seuls des règles de fonctionnement.

Comme expliqué par M. P. Follett, ces activités de «pouvoir avec» développent les sentiments d’appartenance au projet et au groupe [23,24]. Les participants à la cité de projet forment ainsi une «communauté», c’est à dire un groupe fermé en interaction avec l’extérieur, avec une frontière entre ceux qui participent et y sont reconnus, et les autres[68], ici les simples contributeurs et surtout les utilisateurs. C’est une communauté choisie, par les nouveaux qui ont fait l’effort d’être acceptés, et par les anciens qui les ont acceptés. Ses frontières sont poreuse, sinon la communauté disparaît à plus ou moins long terme, mais à chaque instant les «membres» de la communauté sont capables d’identifier si un contributeur en fait partie, ou non.

Bibliographie

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Notes

1Cette présentation s’appuie fortement sur la lecture des communs de [8]

2Les 8 «règles» principales de gestion des communs sont présentées ici.

3 Définition issue du « Portail des communs », porté par «un collectif d’acteurs de l’économie des biens communs», mais qu’on retrouve, avec quelques nuances chez d’autres collectifs, comme la Coop des communs. Nous préciserons simplement que ces sont des ressources «rivales», ce qui est sous-entendu par les termes «préservation» et surtout «pérennisation», mais pas explicitement mentionné.

Auteur : Nicolas JULLIEN

Professor IMT Atlantique LUSSI - iSchool, M@rsouin, laboratoire LEGO Responsable du parcours Management des SI et des données, master Management de l'innovation In charge of the Master "Information & Data Systems Management", https://www.imt-atlantique.fr/fr/formation/masters/mi-msid Co-directeur de http://www.marsouin.org

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